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Comment peut-on être Européen ?

Histoire naturelle de l’Europe

Histoire, Livres

Un paléontologue australien, Tim Flannery, a entrepris de décrire l’évolution du territoire de l’actuelle Europe depuis cent millions d’années. Tim Flannery est connu dans le monde anglo-saxon à la fois comme scientifique, paléontologue et mammalogiste, et comme militant engagé contre le réchauffement climatique. Il a consacré un livre à l’histoire naturelle de l’Europe, intitulé dans sa traduction française « Le super continent » aux éditions Flammarion dans la collection « Champs ». Qu’est-ce l’histoire naturelle ? Le Muséum national d’histoire naturelle français propose une définition dans son Manifeste : « L’histoire naturelle, source de connaissances, observe et compare toutes les composantes du monde minéral, végétal, animal, ainsi que la diversité humaine dans ses dimensions biologiques et sociales. Elle a pour rôle d’identifier et de conserver tous les objets de référence constituant le grand dictionnaire de la nature ».

Tim Flannery situe son travail bien avant que les anciens Grecs donnent son nom à notre continent : « Cette histoire commence il y a environ cent millions d’années, avec la naissance de l’Europe et l’évolution des premiers organismes spécifiquement européens. La croûte terrestre est composée de plaques tectoniques qui e déplacent à la surface du globe à une vitesse imperceptible… ». La future Europe est un immense archipel. L’île de Bal, la plus grande, se situe entre les régions de la Baltique et du Nord de la Russie d’aujourd’hui. Emergent également la Modac, de la Macédoine à l’Ukraine, et des terres correspondant approximativement au Portugal, à la Bretagne, au Sud de l’Allemagne, à la Grèce… Un climat tropical règne dans ce proto-continent situé dans l’immense océan Thétys. Le Journal du CNRS en donne une image avec la reconstitution ci-contre du paysage de l’actuelle Cruzy, dans l’Hérault, il y a 72 millions d’années.

Cette histoire commence donc en plein Crétacé. Qu’on se rassure : si Tim Flannery évoque bien toutes les ères géologiques, il le fait sur le ton du promeneur. Il est à la fois précis dans ses références scientifiques, et distrayant par sa façon de raconter. La disparition des dinosaures est contée, comme la survie peu connue des platanes et des nénuphars de l’époque jusqu’à nos jours. Au fil de l’ouvrage sont dessinés les portraits de celles et ceux qui ont découvert notre histoire la plus ancienne. Un des premiers étant le baron Franz Nopcsa, à la fois vrai scientifique et aventurier excentrique, décrypteur remarquable de fossiles et pris dans la tourmente de la disparition de l’empire d’Autriche-Hongrie. Il finit par se suicider avec son compagnon. Bien d’autres tranches de vie pimentent ainsi le récit de Tim Flannery…

Nous progressons ainsi à pas de géant au travers des millénaires et de l’histoire des découvreurs. Avec la disparition des organismes marins (pour les amateurs : les coccolithophoridés) dont les gigatones de fossiles ont donné la craie répandue des blanches falaises de Douvres à celles de Divnogorié où est bâti un célèbre monastère russe. Puis avec les mammifères, qui apparaissent au Cénozoïque : « nouvelle vie ». Nous rencontrons aussi bien les coryphodons, sorte de musaraignes de 700 kg dotées d’un cerveau de 90 grammes, que les loirs, les mammifères vivants les plus anciens d’Europe… Les changements climatiques ont été d’une ampleur inouïe. A un moment la Méditerranée fut asséchée. Des espèces d’éléphants, de rhinocéros et de grands singes ont vécu en Europe. Des périodes glacières se sont ensuite succédé. La dernière, la glaciation de Würm, a duré de 120 000 à 10 000 ans.

Il y a 1,8 millions d’années Homo erectus était apparu en Europe. Il disparaît au moment où les Néandertaliens font leur entrée, vers 400.000 ans. Ils fabriquent des outils, maîtrisent le feu et enterrent leurs morts. Ils ont des yeux clairs, enfoncés sous de gros bourrelets, des cheveux roux, et un front fuyant bien que leur cerveau soit plus gros que celui de l’Homo sapiens actuel avec lequel il cohabite environ 5.000 ans. Les Européens d’aujourd’hui, et des peuples d’Asie proches de l’Europe, portent dans leurs gènes une partie de ceux des Néandertaliens. Cela fait partie de notre histoire naturelle…