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Comment peut-on être Européen ?

Comment je suis devenu Européen.

Actions, Culture

Un témoignage de Jonathan Besnard, membre du Cercle Condorcet de l’Eure-et-Loir. 
Mon expérience à l’étranger a commencé assez tôt, pendant mes études. Étudiant au Lycée Jehan de Beauce à Chartres, j’étais dans une classe dite « européenne », ce qui m’a permis de découvrir assez rapidement un environnement international ou plutôt européen. Nous avions notamment des cours de DNL (Discipline Non Linguistique), c’est-à-dire des matières enseignées entièrement en anglais. L’idée en fond était de souligner l’importance des échanges entre différents pays de l’UE et de savoir se débrouiller lorsque l’occasion se présenterait. Nous faisions également des voyages scolaires, notamment en Allemagne, et nous avions l’occasion d’échanger avec des élèves de différents pays : de Norvège, d’Allemagne et de République tchèque. Nous parlions beaucoup de l’Europe, de l’importance de son ouverture si bien que pendant cette période un fort sentiment d’appartenance m’habitait.

Erasmus

Dans le cadre de cette classe, j’ai aussi eu la possibilité de bénéficier d’une bourse Erasmus et de partir trois semaines en République tchèque, à Opava plus exactement, pour effectuer un stage. Au programme : travailler à l’étranger (évidemment) le matin mais aussi et surtout l’après midi suivre des cours d’anglais avec un professeur tchèque. Aucune possibilité donc de me faire comprendre en français. C’était la première fois que je découvrais vraiment le pays. Même si le séjour était assez court, j’ai beaucoup apprécié l’expérience, l’accueil très chaleureux des Tchèques et, ayant toujours été attiré par «l’ailleurs» cela m’a donné envie de découvrir ce que pouvait être une vraie vie à l’étranger. C’est finalement à la fin de mes études ne sachant pas vraiment quelle direction professionnelle prendre que je me suis dit : pourquoi ne pas tenter l’expérience pour de bon ?

J’avais 18 ans et j’ai donc décidé de partir en République tchèque. Au départ, je ne savais pas vraiment dans quoi je me lançais, ni combien de temps j’allais y rester. Je suis arrivé un mardi matin à Prague avec mes économies habillé seulement de mon envie de découvrir ce pays dont je ne connaissais même pas la langue. Débrouillard de nature j’ai très vite trouvé un appartement et un petit boulot d’agent d’accueil dans un musée. Prague, bien que magnifique, ne fut qu’une parenthèse puisque je n’y suis resté que cinq mois. La capitale est belle mais je voulais voir les petites villes, les villages loin des touristes alors j’ai repris mon baluchon. Direction Nový Jičín, une ville à l’est du pays à environ 130 kilomètres de la frontière polonaise et 45 kilomètres d’Opava où j’avais fait mon stage au lycée. Quand je suis arrivé à Nový Jičín j’ai su que j’y serais bien. La ville est belle, dynamique, sportive, nichée dans une vallée et qui fait (petite) station de ski l’hiver. J’y ai aussi vite trouvé du travail dans un entrepôt. A mon arrivée en République Tchèque je ne pouvais m’exprimer qu’en anglais mais après quelques mois, peut-être deux, je pouvais me faire comprendre en tchèque. Après un an je pouvais tenir une conversation si les mots utilisés par mes interlocuteurs n’étaient pas trop compliqués.

Trois ans en Tchéquie

Le sport m’a beaucoup aidé d’ailleurs dans ce but ci. Il est un langage universel et un incroyable moyen de s’intégrer dans une société. Alors je me suis inscrit dans le club de football de Nový Jičín. Les différences entre nos deux cultures je pouvais les constater au quotidien mais je n’oubliais pas la chance que j’avais de me sentir intégré et accepté par la population locale. Au début on est un peu la curiosité, les gens se demandent ce qu’un Français fiche ici alors ils cherchent à vous connaître, vous aident à apprendre la langue ainsi que les us et coutumes. J’étais à 1470 kilomètres de chez moi mais j’y étais à ma place. Ces trois années m’ont énormément apporté. À 18 ans, partir vivre dans un autre pays oblige forcément à sortir de ses habitudes. J’ai dû apprendre à me débrouiller seul, à m’adapter à une autre culture et à rencontrer des personnes avec des façons de penser et de vivre parfois très différentes des miennes. Mais c’est justement ce qui a rendu l’expérience aussi intéressante. Sans crainte et avec joie je me sentais plus Européen que Français.

Avec le recul, je pense que ces trois années, de 2009 à 2012, ont vraiment contribué à me construire. Elles m’ont donné davantage d’autonomie, de confiance et surtout une certaine facilité à m’adapter à de nouveaux environnements. J’ai aussi compris que je pouvais me sentir à l’aise loin de chez moi et que la découverte d’autres cultures était quelque chose qui me plaisait vraiment. Finalement, ce qui avait commencé par une opportunité scolaire et un stage de trois semaines s’est transformé en une véritable expérience de vie de près de trois ans. C’est probablement l’une des expériences qui m’a le plus marqué et qui a le plus influencé ma façon de voir le monde. Dans cette expérience l’école à joué un rôle ô combien important sinon capital : sans l’initiative de mon lycée jamais je n’aurais intégré cette classe européenne, jamais je n’aurais vu l’Europe à travers les yeux de gens habitant à plus 1000 kilomètres de chez moi, jamais je n’aurais saisi la richesse de l’unité voulue par l’ouverture de l’espace Schengen ainsi que la chance qu’elle représente.

Illustrations
Place Masarik à Nový Jičín Photo Valach Pavel Wikipedia
Place Masarik Reconstitution IA

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